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DUANE MICHALS, L’EXISTENCE AU MERVEILLEUX

Duane Michals est un aventurier de la photographie, un esprit libre qui a révolutionné notre approche de l’image. À plus de quatre-vingts ans, cet homme de cœur, attaché à l’authenticité et aux expériences extraordinaires, fait encore figure d’héritier d’un état d’esprit unique, celui qui unit une liberté absolue de penser et la toute-puissance du rêve. Parce qu’il a étudié les arts mais jamais la photographie, Duane Michals  a abordé le médium sans aucun complexe, sans se référer à une œuvre ou à un maître, maudissant même les traditions établies. Lorsqu’au soir des années 1950 il utilise pour la première fois l’appareil photo, il voit d’abord en l’image une façon d’exprimer des idées, une vision du monde ou de l’existence. Jamais il n’a eu l’idée de documenter le monde. Sa seule préoccupation : mettre en scène ses désirs, ses peurs, ses questionnements métaphysiques sur la vie, la mort… « Je suis plus nouvelliste que photographe », souligne-t-il ainsi à Jonas Cuénin lors de leur rencontre dans son appartement new-yorkais en septembre 2013.

Explorateur de formes inédites
Fasciné par Atget, mais aussi par des peintres comme Balthus, Giorgio De Chirico et surtout Magritte, qu’il rencontrera quelques années plus tard, Duane Michals va adapter les scènes complexes de la peinture surréaliste à la photographie. Au lieu de représenter en une seule image une histoire réelle, il représente en plusieurs images formant séquence une histoire imaginaire, jouant de cette articulation et de la double exposition pour introduire avec subtilité une donnée quasi oubliée de la photographie : la suggestion. « J’ai toujours pensé qu’il fallait apporter de la perspicacité aux images. Regarder n’est pas assez, il faut s’obliger à imaginer. »
C’est par le biais de cette structure narrative, à mille lieues de l’instant décisif d’un Cartier-Bresson, qu’il aborde avec sensibilité toutes les questions existentielles qui l’habitent. Mystiques, surnaturelles, métaphysiques, intimes, ses séries sont toutefois toujours empreintes d’un élément indissociable de la personnalité de Duane Michals : l’humour, à travers les gags ou loufoqueries qui ponctuent presque chacune de ses photos.

« Storyteller »
Dans les années 1970 pourtant, la séquence ne le satisfait plus. Lui qui nourrit une vraie passion pour les mots commence à en insérer dans ses images, et à accompagner celles-ci de titres ou de textes poétiques – une alliance qui incite le spectateur à s’approcher, lire et réfléchir, et à dépasser l’idée que la photographie n’est que recherche esthétique. Ces dernières années, nouveau changement de cap, il crée des portraits imaginaires d’écrivains en peignant à l’huile des motifs géométriques sur des photos anonymes anciennes.
Duane Michals a toujours été en guerre contre l’image parfaite, il l’est aujourd’hui contre les produits du marché, lui qui n’a jamais conceptualisé la photographie pour la vendre. Authentique, utopiste peut-être, il nous donne à penser sur nous-mêmes en repoussant les limites de l’imagination et en rêvant avec son cœur.

 

Le Carnegie Museum of Art de Pittsburgh (EU) présente jusqu’au 16 janvier prochain une rétrospective du travail de Duane Michals.

Deux livres viennent de paraître à cette occasion : ABCDuane, Monacelli Press, et Storyteller, Prestel Publishing.

Pour en savoir plus sur la rencontre de Jonas Cuénin avec Duane Michals, voir Camera n° 4, p. 5-30.

 

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